15 / 10 / 2013

Aux Etats-Unis, un logiciel peut vous faire sortir de prison... ou vous y laisser

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Les commissions de libération conditionnelle de quinze Etats américains s’en remettent désormais à des logiciels pour décider si un détenu doit ou non être libéré, rapporte le Wall Street Journal. Un algorithme décortiquant 50 à 100 facteurs évalue le risque de récidive afin d’aider à la prise de décision. 

Et ce système pensé pour réduire le coûts des établissements correctionnels semble fonctionner : le nombre de détenus dans les prisons américaines aurait chuté de près de 1% en 2011, alors qu’il n’avait pratiquement pas bougé l’année précédente. Pour 2012, les premières données laissent penser que la tendance va continuer. Au total, environ 12% des détenus qui ont reçu des libérations conditionnelles ont été réincarcérés en 2011, soit une baisse de 15% par rapport à 2006.

L’âge d’un détenu au moment de sa première arrestation, son niveau d’éducation, le fait qu’il pense – ou non – que sa condamnation était juste : voici quelques-uns des facteurs sur lesquels se base le logiciel pour produire son verdict. D’autres données généralement ignorées par les décideurs humains – car davantage guidés par l’émotion – sont prises en compte, comme par exemple, le fait que les meurtriers et délinquants sexuels sont généralement beaucoup moins susceptibles de récidive les auteurs de crimes moins graves. Mais au-delà de ces « vérités » statistiques, et de l’apparence de rationalisation d’une telle décision, peut-on faire confiance à un système automatique ? 

S’interrogeant peu sur la dimension philosophique et éthique de la question de laisser peu ou prou « une machine faire la justice » – réduisant au passage le détenu à un sociotype statistique plutôt qu’à un humain, le Wall Street Journal raconte tout de même la crainte de certains experts, que la machine ne reproduise et donne une apparence scientifique à certaines vérités cachées et peu glorieuses de la statistique : derrière les chiffres apparemment indiscutables de l’âge de l’incarcération ou du nombre de séjours en prison se cachent par exemple souvent des raisons et préjugés racistes…