02 / 12 / 2016
#Entretien

Ismaël Le Mouël : « Les données sont un multiplicateur d’impacts pour les associations »

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Le cloud peut-il aider à changer le monde ? Quel rôle les données peuvent-elles jouer dans l’avenir du modèle associatif ? A l’occasion de la Social Good Week, RSLN est allé à la rencontre d’Ismaël Le Mouël, Président fondateur d’HelloAsso, une plateforme de financement participatif permettant aux associations de collecter des fonds en ligne. Entretien.

Quel intérêt associations, ONG et autres initiatives citoyennes ont-elles à faire appel à des technologies comme le big data ou le cloud ? Comment faire concrètement ? A l’occasion de la Social Good Week 2016, Microsoft France, Solidatech et HelloAsso organisent une table ronde consacrée à ces questions, dans laquelle experts des données et responsables associatifs viendront débattre.

Pour mieux cerner les enjeux d’une telle évolution, et analyser les impacts concrets présents et à venir de l’utilisation de telles technologies, RSLN a rencontré Ismaël Le Mouël, Président fondateur de HelloAsso.

Où en est le tissu associatif dans son appropriation du numérique ?

Ismaël Le Mouël: HelloAsso est la première plateforme de financement participatif dédiée aux associations, pour leur permettre de collecter simplement des fonds en ligne. Depuis notre lancement en 2010, nous constatons une accélération très forte de l’appropriation du numérique et de l’ensemble de ces acteurs par les associations.

Celle-ci se traduit d’abord en chiffres : en 6 ans, les associations ont collecté en ligne près de 30 millions d’euros sur HelloAsso, dont la moitié au cours des 12 derniers mois. Ce montant traduit l’importance du numérique comme puissant accélérateur pour le secteur associatif.

Les associations sont en train de prendre conscience de l’intérêt du numérique pour essayer de réduire la fracture provoquée par les nouvelles technologies entre, d’un côté, la consommation à grande vitesse et, de l’autre côté, les populations fragilisées socialement et économiquement.

Avez-vous en tête des initiatives particulières qui vous ont marqué ?

Oui, je pense tout de suite à l’initiative Bob-emploi de Paul Duan, qui vise à réduire le chômage. Grâce à la puissance des algorithmes, un parcours personnalisé est proposé aux chômeurs afin de les accompagner dans leurs démarches pour retrouver un emploi.

Paul Duan a lancé la plateforme il y a un peu plus d’une semaine et elle compte déjà un peu plus de 70 000 utilisateurs. Il a cette culture start-up intéressante pourtant, quand bien même son initiative est associative. C’est un bon exemple d’application de la technologie d’innovation et d’itération au secteur social donnant des impacts potentiellement massifs.

Dans un autre domaine, je pense également au label Emmaüs qui va être lancé de façon imminente. Cette association est en train de se saisir du numérique en passant leur modèle sur le digital avec le premier site de commerce solidaire qui permettra à tous de mettre ses objets sur Internet et de les vendre en passant par cette plateforme. En gros, ils se sont auto-ubérisés !

Enfin, il y a aussi Singa, qui est un pure player associatif. Avec leur programme CALM « comme à la maison », ils permettent directement à chacun d’accueillir et d’aider un réfugié en direct, juste grâce au lien numérique, sans passer par une association. C’est un nouveau modèle alternatif venant enrichir cette culture associative.

Quid du rôle spécifique des données ? Si de nombreuses initiatives sont menées dans le monde de l’entreprise voire du secteur public, qu’en est-il des associations et ONG ?

Les données sont un important multiplicateur d’impacts pour les associations. Par exemple, au sein de HelloAsso, on remarque l’impact du changement de couleur ou de place du bouton « faire un don » sur le site : on aura 30 à 50% de plus de donateurs sur la page. Le numérique, et le big data en particulier, permettent d’avoir à la fois des mesures d’impacts de plus en plus précises, mais surtout d’avoir un effet de levier en jouant avec ces datas. En les analysant on peut faire évoluer le modèle et le rendre plus efficace.

Qui dit données dit compétences techniques… N’est-ce pas problématique pour des associations dont le numérique n’est pas forcément le « cœur de métier » ?

Les petites et moyennes structures associatives n’ont pas encore totalement pris conscience des intérêts et du potentiel du big data. Elles ont tendance à externaliser la technique. Or pour être réactif et itérer de façon rapide, il faut maîtriser la technologie à l’image du fonctionnement des start-ups. La technique est un outil à maîtriser soi-même : on n’aura pas forcément la solution dès le premier coup.

Les associations doivent avoir la capacité de renouveler plusieurs fois les essais. Pour qu’elles saisissent cet intérêt, il faut des success stories et des exemples concrets. Aujourd’hui, on en manque cruellement.

Et de ce point de vue là, l’initiative de la table ronde lancée par Microsoft avec HelloAsso et Solidatech est intéressante. En faisant un focus sur l’utilisation du cloud, elle va permettre d’avoir les témoignages des premières success stories. Cela va, j’espère, permettre de déclencher le mouvement !

Quels sont selon vous les avantages du cloud pour le web solidaire ?

Le cloud apporte une simplicité de gestion intéressante aux grandes ONG ayant un besoin important de gestion des données. Il permet ainsi de créer et d’être dans des logiques d’audience importante tout de suite, avec sa capacité de scalabilité à avoir entre 100 000 et 1 million d’utilisateurs sans avoir besoin de changer d’architecture. Cela permet aux associations de se concentrer sur leur cœur de métier sans se soucier de la problématique d’administration applicative. Par exemple, chez HelloAsso, toutes nos technologies sont développées sur le cloud Azure et cela nous fait gagner du temps.
Quant aux petites associations, elles peuvent installer en quelques clics leur installation wordpress, ou autre, sur le cloud et avoir accès à une offre à moindre coût.

Le cloud peut-il changer le monde ? Retrouvez le replay de la table-ronde qui s’est tenue lors de la Social Good Week