05 / 10 / 2016
#Entretien

Bruno Le Maire : « C'est aux politiques d'assumer la manière dont ils utilisent les réseaux sociaux »

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Bruno Le Maire : « C'est aux politiques d'assumer la manière dont ils utilisent les réseaux sociaux »
Comment les politiques s'approprient-ils les réseaux sociaux ? Sont-ils pour eux un outil de communication supplémentaire ? Un moyen d'échanger directement avec les citoyens ? Quid de la violence de certains propos tenus à leur encontre ? RSLN a rencontré Bruno Le Maire, député de l'Eure (LR) et candidat déclaré à la primaire de la droite.
TL;DR
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Ce que les réseaux sociaux changent à la politique : rencontre avec Bruno Le Maire (LR).

Le matin, vous êtes plutôt radio, média en ligne ou réseaux sociaux ?

Bruno Le Maire : Plutôt radio !

Comment avez-vous découvert les réseaux sociaux ?

Comme tout le monde : par le bouche-à-oreille, au moment de l’essor de Facebook puis de Twitter.

Quels sont les réseaux sur lesquels vous êtes présent ?

Le seul réseau public que j’utilise moi-même est Twitter. C’est le cas depuis que j’ai ouvert mon compte en septembre 2011. Je regarde aussi régulièrement ma page Facebook et mon compte Instagram mais je ne les alimente pas moi-même.

Mes équipes animent aussi mes comptes Linkedin, Periscope, Youtube et Snapchat. L’harmonisation entre les comptes se fait très naturellement à partir du moment où les personnes qui alimentent mes comptes sont pleinement intégrées à ma campagne, à tous mes déplacements, aux réunions stratégiques. C’est un vrai choix.

Tous mes réseaux publics sont professionnels, donc politiques, mais j’utilise aussi WhatsApp à titre personnel, notamment avec mes frères et ma sœur.

Bruno Le Maire. Avec BLM (DR)

Quel est le réseau social que vous préférez ?

« Quand je répondais par écrit, certains doutaient que j'étais bien celui qui tapait les réponses sur le clavier. En le faisant en direct et en vidéo, plus de doute ! »

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Si je devais en choisir un, ce serait incontestablement Facebook. C’est le réseau qui touche le plus largement les Français, de tous les âges, de tous les départements et de toutes les catégories socio-professionnelles, alors que Twitter touche davantage un microcosme de personnes intéressées par la politique et qui ne sont donc pas forcément les plus représentatives.

Ce que je préfère sur Facebook, c’est de pouvoir dialoguer en direct et sans aucun filtre. Depuis 2013, j’ai fait le choix de prendre le temps, tous les mois, de répondre aux questions des internautes pendant une heure : cela me permet d’expliquer mes positions, d’en débattre, d’améliorer certaines de mes propositions. C’est vraiment un flux à double sens.

Depuis mai, je le fais sur Facebook Live [le service de vidéo en direct du réseau social, ndlr] : c’est encore une étape supplémentaire dans l’interactivité et la transparence de ces échanges. Quand je répondais par écrit, certains doutaient que j’étais bien celui qui tapait les réponses sur le clavier : en le faisant en direct et en vidéo, plus de doute !

Répondez-vous aux messages ou commentaires qui vous sont adressés ?

Oui ! Et c’est un point auquel je tiens beaucoup. La plupart des personnalités publiques utilisent les réseaux sociaux uniquement comme une vitrine, avec une parole descendante. Ce n’est pas du tout ma conception.

Le véritable apport des réseaux sociaux est justement l’interactivité, l’échange ! J’essaye de garder le réflexe de répondre aux tweets entre deux déplacements. De leur côté, mes équipes prennent également le temps de répondre aux commentaires sur ma page Facebook et cela est très apprécié car c’est rare pour une page de politique.

Je tiens toutefois à la transparence : sur Facebook, mes équipes répondent avec la page de l’équipe, Avec BLM.

Avez-vous un souvenir de « fail » mémorable ?

Oui, et il est même assez récent : lorsque Le Point m’a demandé ce qu’était un youtubeur et que je n’ai pas su répondre. Je connaissais évidemment Youtube, mais pas ce terme ! J’ai eu droit à une petite séance de rattrapage depuis ce fail, notamment avec mon fils aîné.

Beaucoup de personnalités politiques ont fait savoir qu’elles avaient du mal à supporter la violence de certains messages ou commentaires qui leur étaient adressés sur les réseaux. Avez-vous déjà été confronté à cela ?

« On sait tous qu'un tweet assassin peut vous faire facilement buzzer. Mais est-ce de la faute des réseaux ? Non. C'est aux politiques d'assumer la manière dont ils les utilisent. »

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C’est vrai, les réseaux sociaux peuvent être violents. Mais c’est surtout le cas quand les personnes s’expriment sous pseudonymes : il est évidemment plus facile – ou lâche – d’insulter anonymement que lorsqu’on affiche son véritable nom et sa photo comme sur Facebook. Cela reste quand même marginal et d’autant plus rare quand on engage la conversation avec les gens.

Par exemple, lorsque j’ai commencé à utiliser Periscope, j’ai fait le choix de le faire via un « questions / réponses » et cela s’est très bien passé. A l’inverse, nous nous souvenons tous du Periscope laborieux de François Hollande lors de sa visite de l’entreprise Showroom Privé : il a fait le choix de laisser les internautes spectateurs de sa visite, comme parqués derrière une vitre, sans la moindre interaction. C’est une vision tellement datée. Inévitablement, les gens ont commencé à discuter entre eux, et le ton est monté.

C’est comme lorsque vous vous rendez au Salon de l’Agriculture : il y a ceux qui mettent des officiers de sécurité partout pour éviter d’être chahutés, et ceux qui, au contraire, vont aller à la rencontre de ceux qui les interpellent, les écouter et leur répondre.

Pensez-vous que la démocratisation des réseaux sociaux a un impact sur le débat politique ? Il est fréquent d’entendre que cela favorise des stratégies de « petites phrases », au détriment du fond…

On sait tous qu’un tweet assassin ou qu’une petite phrase bien sentie peuvent vous faire facilement buzzer. Mais est-ce de la faute aux réseaux sociaux ? Non. C’est aux politiques d’assumer la manière dont ils les utilisent.

Au final, pensez-vous que les réseaux ont modifié votre rapport au citoyen ?

Ils l’ont enrichi, oui ! Parce que les réseaux sociaux me permettent d’échanger sans filtre avec les citoyens, exactement comme lors de mes meetings, mais à plus grand échelle. Par exemple, en une heure de Facebook Live, on peut toucher 16 000 personnes, de toute la France, soit autant qu’en seize meetings ! Je tiens à maintenir ce lien d’échange permanent.