02 / 11 / 2016
#experiences

Entre hyperconnexion et bulles de silence: penser et créer les bureaux du futur

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Des fablabs dans les campus universitaires à la fin des postes de travail fixes, les nouvelles technologies redéfinissent nos manières d’apprendre et de travailler… et les espaces qui sont traditionnellement dédiés à ces activités. Tour d’horizon.

Plus fluides, plus interconnectés, nos lieux de travail, d’apprentissage et les villes qui les accueillent deviennent de plus en plus entrelacés. Une évolution qui s’accélère avec la transformation numérique en cours. Pourtant, 5% seulement des Français se déclarent très satisfaits de leur espace de travail.

Dans ce contexte, comment tirer parti de cette transformation numérique ? Comment réinventer les locaux et prendre en compte les nouvelles façons de travailler et d’apprendre ? Comment ces nouveaux bureaux et ces campus connectés peuvent-ils répondre aux aspirations des étudiants et des employés, en particuliers celles des « millenials » ? Autant de questions auxquelles ont répondu les intervenant à la table ronde dédiée lors des Microsoft experiences ’16 et animée par David Lacombled (Villa Numeris).

Des lieux modulaires, entre hyper-connexion et « bulles de silence »

Avec l’avènement des réseaux sociaux d’entreprise et le développement du télétravail, les postes de travail fixes seront peut-être bientôt un vestige du passé. C’est en tout cas la conviction de Frédéric Bedin, président du directoire de l’agence de communication Hopscotch Groupe. Dans les bureaux parisiens de l’agence, pas de place attitrée, chacun travaille où il le souhaite, des stagiaires aux top managers. Mais les open spaces sont complétés par des salles de réunions et autres « bulles de silence » pour s’isoler.

Ce paradoxe entre la volonté d’être hyperconnectés et parfois complètement isolés peut très bien s’accommoder des nouveaux types de bureaux explique François Pitti, Directeur Prospective et Marketing Stratégique de Bouygues Construction:

«Dans les aménagements intérieurs, nous travaillons sur des sortes d’agoras où les gens se rencontrent, et des alcôves qui permettent d’avoir des réflexions, du silence, un recul. Les technologies de construction actuelles permettent de créer ces bulles. Le bien-être et la productivité ne sont pas antagonistes, ils s’alimentent l’un l’autre. »

 

 

Un avis partagé par Jean-Pierre Berthet, Directeur de la Stratégie Numérique & Directeur du LearningLab de l’Ecole Centrale Lyon :

« La technologie rend possible que ces lieux soient des accélérateurs de performance, de convivialité, mais aussi des lieux modulaires, qui correspondent à chaque moment à ce dont on a besoin. »

Ainsi, pour Frédéric Bedin, « le terme de télétravail va vite être désuet : on peut maintenant très bien jouer aux jeux vidéo sur son lieu de travail, et travailler chez soi. » Les réseaux sociaux d’entreprise et les outils et services de mobilité permettent par exemple cette fluidité dans le travail, tout en créant plus de connexion entre les collaborateurs.

Des espaces de travail et d’apprentissage favorisant la porosité avec la Cité

Les bureaux, les campus et le reste de la ville font également de moins en moins partie d’univers séparés. Pour Frédéric Bedin, «Le bureau devient un campus, un espace de vie, mais au cœur de la cité. De plus, l’hyper segmentation entre lieux de travail et de vie est obsolète.»

Pour favoriser cette porosité entre les bureaux et la ville qui les entoure, fini les clubs de gym d’entreprise ou les cantines : pourquoi perdre de l’espace alors que des entreprises spécialisées proposent mieux à proximité immédiate ?

Cette redéfinition de l’espace est également à l’œuvre au sein des campus universitaires observe Jean-Pierre Berthet :

«Les campus sont en train de se transformer, les amphis également. On voit apparaître des espaces formels (learning lab, surfaces écritoires, surfaces numériques) et informels (poufs, espaces de sieste, salle de jeux). Des espaces également retravaillés, avec de la flexibilité en fonction des intentions des enseignants.»

bureau

Les nouveaux espaces comme les fablabs sont maintenant de plus en plus répandus, les bibliothèques deviennent des learning center (moins de livres plus de ressources numériques et d’espaces de travail en groupe), et les campus sont également de plus en plus connectés, favorisant le travail à distance.

« Notre école travaille en direct avec les labos basés au Canada. Nous utilisons aussi des robots de télé présence pour faire intervenir des enseignants à l’étranger ou pour aider des élèves qui ne peuvent participer physiquement au cours », précise ainsi Jean-Pierre Berthet.

Les universités et grandes écoles comme Centrale Lyon s’insèrent aussi dans des réseaux denses regroupant écoles, instituts de recherche, entreprises et groupes de réflexion avançant ensemble sur la redéfinition de ces nouveaux espaces de travail.

 

Nouveaux espaces, nouvelles technologies… et nouveaux savoir-vivre

La technologie et ces nouveaux aménagements des lieux de travail offrent de nouvelles libertés aux étudiants et aux collaborateurs, notamment la possibilité de parler directement à leurs managers ou professeurs. Exit le système de filtres qui pouvait exister auparavant. Mais comme l’affirme Jean-Pierre Berthet, ces nouvelles libertés sont aussi porteuses de nouveaux devoirs ou « règles » :

  • Gérer sa e-réputation et celle de son établissement ou de son entreprise
  • Apprendre à respecter une nouvelle politesse du travail liée à ces outils de communication

Le Directeur de la Stratégie Numérique & Directeur du LearningLab de l’Ecole Centrale Lyon observe ainsi parfois un manque de maturité des étudiants concernant la gestion de leur image en ligne, qui pourrait devenir gênant pour les entreprises.

A l’inverse, Frédéric Bedin note que les jeunes générations maîtrisent parfaitement cette nouvelle politesse au travail, qui consiste par exemple à envoyer un sms avant de téléphoner ou d’alerter un collègue sur le réseau social d’entreprise pour l’informer de l’envoi d’un mail important.

De nouveaux espaces, de nouveaux savoir-vivre… Reste maintenant à savoir si ces tendances se confirmeront et seront adaptées par l’ensemble des entreprises et des universités ou s’ils resteront à l’état de projets spécifiques.