27 / 09 / 2016
#Entretien

Lionel Tardy : « Sur les réseaux sociaux, tout le monde a sa solution, ça devient complètement poujadiste ! »

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Les réseaux sociaux rebattent-ils les cartes du jeu politique ? Qu'est-ce que leur utilisation apporte aux élus ? Comment ces derniers s'approprient-ils les différentes plateformes ? RSLN a rencontré Lionel Tardy, député Les Républicains de la 2ème circonscription de Haute-Savoie.
TL;DR
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Ce que les réseaux sociaux changent à la politique : rencontre avec Lionel Tardy (LR).

Comment avez-vous découvert les réseaux sociaux ?

Je les ai découverts très tôt, durant ma campagne des législatives de 2007. Cela a été un outil très important dès le début, avec le blogging, car j’avais – et ai toujours – une équipe restreinte autour de moi (je n’ai que mon mandat de député), composée de trois personnes contre une dizaine de personnes pour des élus députés et maires. Je n’avais pas d’autre solution pour communiquer.

C’est mon activité politique qui m’y a amené, sinon je n’y serais probablement pas allé : je ne vois pas ce que j’y mettrais ! Fin 2006, j’ai donc créé mon compte Facebook, que j’alimentais de la même manière que mon blog. Puis j’ai glissé vers quelque chose de plus généraliste.

Sur quels réseaux êtes-vous présent ?

Actuellement, je poste sur Facebook, Twitter et Instagram. Les autres, j’ai laissé tomber ! Aujourd’hui, je préfère Facebook car c’est l’outil le plus interactif, grâce aux commentaires. Il n’y a pas photo en termes d’audience, par rapport à Twitter et à mon blog.

Le matin, vous êtes plutôt radio, média en ligne ou réseaux sociaux ?

Je suis plutôt réseaux sociaux, et de manière générale de moins en moins presse papier… Si j’ai une télévision là où je me trouve, je regarde les chaînes d’information en continu, mais les réseaux sociaux restent mon premier réflexe, notamment Twitter. Au niveau du device, cela dépend : si je suis à Paris, je regarde sur mon ordinateur, sinon sur mon smartphone !

Quelle est votre utilisation des réseaux sociaux ? Personnelle ? Professionnelle ?

« Je n’ai pas de compte personnel, je n’ai pas le temps : je passe déjà entre 1h et 1h30 par jour à alimenter tous mes comptes professionnels… »

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J’en fais une utilisation essentiellement professionnelle, je n’ai pas de compte personnel, je n’ai pas le temps – je passe déjà entre 1h et 1h30 à alimenter tous mes comptes professionnels… Et quand on a une équipe restreinte, on n’a pas le choix ! Sur Facebook, je jongle entre mon compte, qui sert plutôt à diffuser les informations de ma circonscription, et ma page de député. Ceci dit, je vais certainement fusionner les deux comptes en septembre…

J’utilise Twitter pour son immédiateté, qui m’a séduit dès lors que je me suis inscrit. Tout en ayant conscience que c’était un outil plutôt « parisien » à l’époque, sur lequel se retrouvaient décideurs et journalistes. Je n’avais donc aucun intérêt à y informer sur l’actualité de ma circonscription. C’est moins vrai aujourd’hui, mais c’est tout de même toujours un peu le cas. Je m’en servais plutôt pour retransmettre les débats à l’Assemblée, pour dire que tel ou tel amendement a été adopté… C’est toujours un peu le cas d’ailleurs !

Le blog, c’est davantage pour écrire à tête reposée, autour de problématiques aussi bien nationales que locales. On n’est plus dans la même immédiateté, l’écriture est donc différente. Et j’ai aussi ma newsletter, que je pousse par e-mail auprès de mes 35 000 adhérents. Enfin, je poste deux ou trois photos Instagram de-ci de-là, pour la forme…

Gérez-vous vos comptes « publics » tout seul ou êtes-vous accompagné ? Si oui, comment parvenez-vous à harmoniser le ton entre votre compte personnel et les comptes gérés par votre équipe ?

Je fais tout moi-même, j’écris, je poste, je prends les photos… Si j’assiste à un événement, je live-tweete le discours, je poste des photos… Et je recommence à l’événement suivant ! (rires)

Après, tout est question d’organisation : sur mon blog, je fais une reprise de ce que je poste sur Facebook. Si cela concerne de l’information locale, deux des trois personnes de mon équipe qui sont en circonscription s’occupent de mettre en forme l’article et gèrent les commentaires, la troisième personne qui est à Paris fait de même pour tout ce qui concerne l’information nationale.

Souvent, le post est même déjà préparé en amont par mes équipes avec ce que j’ai posté sur Facebook ou Twitter, et je n’ai plus qu’à compléter avec un petit texte. Mon équipe est restreinte, mais très réactive !

 

Répondez-vous aux messages ou commentaires qui vous sont adressés ?

Pas forcément à tous, car je n’ai que très peu de temps à y consacrer par jour. Sur le blog, les commentaires sont ouverts, mais c’est vrai que je n’y réponds pas souvent… Surtout que la plupart des commentaires sont en réaction à ma newsletter, je les reçois donc deux ou trois jours après et j’ai du mal à m’y mettre. Je sais, c’est un tort !

Sur Facebook, j’essaie de répondre plus souvent, mais s’il faut expliquer quelque chose en plus de deux ou trois phrases, je leur propose de prendre rendez-vous avec moi. Sur Twitter, je réponds quasiment tout le temps : comme l’écriture est limitée, pas la place de s’épancher !

De façon générale, si je suis attaqué, je réponds forcément, si c’est une question précise à laquelle je peux répondre facilement, je le fais, si c’est un sujet plus complexe, je propose un rendez-vous. Il m’est arrivé, aussi, de répondre en postant un lien vers un article de presse résumant bien les enjeux du sujet.

Beaucoup de personnalités politiques ont fait savoir qu’elles avaient du mal à supporter la violence de certains messages ou commentaires qui leur étaient adressés sur les réseaux. Avez-vous déjà été confronté à cela ? Le cas échéant, comment avez-vous réagi ?

Cela m’est arrivé lors de la bataille entre François Fillon et Jean-François Copé pour la présidence de l’UMP. Ayant clairement affiché mon soutien à François Fillon, j’ai subi des attaques auxquelles j’ai répondu le plus calmement possible. Cela ne sert à rien de répondre fermement ou de rentrer dans la polémique, cela ne fait qu’envenimer les choses…

C’est comme ça en politique : quand on est l’objet d’une attaque, on est obligé de faire le dos rond. La meilleure stratégie, c’est de s’en tenir à une réponse officielle et de laisser tomber par la suite.

Avez-vous un souvenir de « fail » mémorable ?

Je ne me souviens pas d’avoir commis de « fail » ; en revanche, je me souviens d’un fait d’armes qui a contribué à me faire connaître sur Twitter. En 2010, je venais de m’inscrire sur Twitter, et j’avais tweeté l’audition de Raymond Domenech lorsqu’il était revenu la queue entre les jambes du Mondial en Afrique du Sud… Il était reçu à l’Assemblée nationale, afin d’être entendu sur le fiasco des Bleus.

Imaginez le contexte : 200 journalistes fous furieux derrière la porte, en mal d’informations sur l’équipe de France durant tout le Mondial. L’audience était supposée être à huis clos, et j’ai tweeté deux ou trois phrases de l’intervention de Domenech. Les notifications tombaient de partout, j’ai dû arrêter car le président de la commission s’en est aperçu et a demandé à ce qu’on arrête de tweeter : cela m’a d’ailleurs inspiré un bon mot autour de l’idée de carton rouge. Résultat : j’ai gagné 6 000 followers en une journée.

Pensez-vous que la démocratisation des réseaux sociaux a un impact sur le débat politique ? Il est fréquent d’entendre que cela favorise des stratégies de « petites phrases », au détriment du fond…

C’est vrai, avec les réseaux sociaux on est dans l’immédiateté, et il n’y a plus de off : où que vous soyez, si vous faites une sortie au cinéma, en boîte de nuit, tout le monde le sait. Il faut faire attention à tout : ce que l’on fait, ce que l’on porte…

Cela modifie donc l’expression, d’où le fond est évacué : il faut envoyer l’information au plus vite, c’est un peu la course à l’échalote ! Plus sérieusement, on l’a vu avec l’attentat de Nice : il n’y a plus aucun débat de fond, et même plus aucun filtre. Tout le monde a sa solution et l’exprime, ça devient complètement poujadiste.

On le voit aussi dans nos réunions publiques : si on organise un débat de fond sur les retraites, personne ne vient, alors que lorsqu’on fait une réunion pour discuter avec nos concitoyens autour des attentats, il y a du monde. Et on le verra encore plus fortement dans les débats des primaires et de la présidentielle. C’est une véritable transformation de la société, et c’est encore plus vrai chez les jeunes qui zappent : c’est le dernier qui a parlé qui a raison…

Les jeunes sont d’ailleurs un vrai problème pour nous, les politiques : quelle que soit l’interaction que vous choisissez avec eux, ils zappent rapidement. Le troisième âge, c’est pareil : on les touche davantage avec la presse papier, essentiellement la presse locale. Heureusement, les réseaux sociaux nous permettent de toucher une tranche assez large, de 25 ans à 60 ans.

Au final, pensez-vous que les réseaux ont modifié votre rapport au citoyen dans le cadre de vos fonctions ? Si oui, en quel sens ?

« En gros, les gens qui vous suivent sur les réseaux sont reconnaissants, mais il reste une majorité de Français qui s’en fiche royalement. »

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Absolument : avant, sauf à lire du journal du député annuel envoyé par courrier, les gens n’étaient pas au courant de l’activité de leur parlementaire. Aujourd’hui, grâce aux réseaux sociaux, ils savent ce que l’on fait, où l’on est, ils peuvent suivre notre activité en continu.

Malgré cette possibilité de savoir à chaque instant ce que l’on fait, donc si l’on travaille ou pas, ils continuent à voter pour des gens, passez-moi l’expression, qui n’en foutent pas une ! J’ai personnellement mené une étude sur les résultats de vote d’élections législatives, qui montre qu’il y a en effet un écart de 3% entre le score d’un candidat qui bosse, et un candidat qui ne fait rien.

En gros, les gens qui vous suivent sont reconnaissants, mais il reste une majorité de Français qui s’en fiche royalement et qui suit une vague nationale. Beaucoup votent à la tête du client : une bonne tête, une belle affiche, et le tour est joué !