29 / 08 / 2011

«Open Data»: pourquoi et comment l'armée américaine veut s'y mettre

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«Open Data»: pourquoi et comment l'armée américaine veut s'y mettre
Une seule archive pour les remplacer toutes ? Le département américain de la Défense a fondé sa propre base de données sur les conflits armés, destinée à être consultable en ligne par le grand public sur un site web bientôt dédié. Pilotée avec les prestigieuses universités Standford et Princeton, cette collection intitulée « Etudes empiriques des conflits » (Empirical studies of conflict) se propose pour commencer d’analyser divers conflits récents, avec « une priorité donnée aux conflits en Irak et en Afghanistan », où les troupes américaines sont encore engagées.
 
Militaires et universitaires unis dans la data
 

Le premier objectif est de mettre des données habituellement difficiles à trouver à la disposition de la communauté universitaire et du grand public. Avec une conviction : la mise en commun des données de l’armée et de la matière grise des universitaires débouchera sur de nouvelles découvertes qui pourraient être exploitables sur le terrain. Une étude a d’ailleurs déjà livré ses premiers enseignements.

« Nous avons déjà remarqué que le chômage jouait un rôle important dans les conflits en Iraq, en Afghanistan ou encore dans les Philippines, explique le co-directeur du projet « ESOC », le colonel Joseph Felter. Lorsque son taux est élevé, on constate une diminution des violences à caractère politique au niveau local. »

Le colonel Felter n’exclut pas que de tels travaux puissent aider à améliorer l’intervention américaine dans certains pays.

« Une politique qui s’appuie sur des éléments anecdotiques ou sur des expériences menées avec un nombre limité de données est exposée à un risque, estime-t-il. ESOC aidera à améliorer la qualité des données collectées pour en faire des analyses robustes. »

 
Conflits d’intérêts ?
 

Se pose alors plusieurs questions : cette collection de données, présentée comme une nouvelle façon de comprendre les enjeux des conflits, ne risque-t-elle pas de basculer dans la récupération idéologique ? Les travaux universitaires ont-ils vocation à être dirigés par des militaires (les deux directeurs de l’ESOC sont des vétérans, l’un du contre-terrorisme, l’autre de la Navy) et à être ensuite réutilisés sur un champ de bataille ? S’agit-il encore de comprendre les mécanismes des conflits, du strict point de vue de l’intellect, ou d’un laboratoire avant une expérimentation grandeur nature ?

« Bien sûr, l’armée de paye pas pour diffuser ces données de manière altruiste », souligne le site Fast company qui dévoile l’info.

Si l’armée paye, cher (8,6 millions de dollars pour cinq ans), pour rendre public des dossiers déclassifiés, c’est aussi pour garder un œil sur l’ensemble des travaux qui seront générés par ces documents. Selon Fast company qui s’est procuré une note interne, la consultation des données ne sera pas anonyme et l’armée pourra donc savoir qui s’intéresse à quoi. De quoi souligner à quel point elle est finalement assez mal à l’aise avec l’exercice, ne sachant ou placer son curseur entre transparence et surveillance.

 
Nouvelle stratégie en ligne
 

Cette opération transparence témoigne quoiqu’il en soit du virage pris par l’armée américaine ces dernières années. Après avoir interdit en 2007 à ses hommes de se connecter aux réseaux sociaux et de tenir un blog, l’armée a fini par lâcher du lest, en février 2010. Pour achever de convaincre l’opinion qu’elle n’était pas allergique aux médias sociaux – et ne privait pas ses soldats du sacro-saint premier amendement, l’armée américaine édite depuis 2010 un guide des bonnes pratiques du soldat sur les réseaux sociaux (Army social book 2010 et Army social handbook 2011). La liberté, oui, mais toujours surveillée.

(Visuel: 100108_freedom_04 par JointBase Lewis McChord, Flickr, licence CC)