16 / 12 / 2016
#Reportage

Projet Haudenosaunee : la blockchain « pour faire redémarrer la démocratie participative »

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Dans quelle mesure la technologie blockchain adossée au cloud peut-elle redonner le pouvoir aux citoyens ? Microsoft France et Docapost se sont penchés sur la question et ont élaboré le projet Haudenosaunee. Un concept présenté lors du Sommet du partenariat pour un gouvernement ouvert. RSLN y était.

Civic tech, parlement ouvert, crowdsourcing, open data… autant de sujets qui ont rythmé les trois jours d’ateliers et de conférences du Sommet du partenariat pour un gouvernement ouvert, qui s’est tenu début décembre 2016 à Paris. Des sujets qui ont également alimenté la boîte à outils du Sommet, désormais forte de 1 215 projets et de 175 cas d’usage.

Parmi eux, Haudenosaunee, un projet utilisant les potentialités de la blockchain pour redonner le pouvoir aux citoyens. Une initiative en forme de pont jeté au travers de l’Histoire, comme l’explique Jean-Renaud Roy, directeur des affaires publiques chez Microsoft France :

«L’inspiration vient à la fois des mouvements Nuit Debout, Occupy ou encore Los Indignados, dans lesquels les processus de vote ou de consentement sont réalisés à main levée. Mais en réalité, ces signes remontent à bien plus longtemps, puisque les Iroquois les utilisaient déjà au XIIe siècle, afin d’obtenir une forme de super-consensus. »

D’où Haudenosaunee, historiquement le nom de la confédération des cinq puis six nations iroquoises. «Notre idée était de reprendre ces signes de consensus pour les inscrire sur une blockchain, afin de mixer démocratie participative et machine à voter», complète-t-il.

Alain Roset (Docapost), Jean-Renaud Roy, Guillaume Lescure et Diana Filippova (Microsoft France). (DR)

Distribuer la parole équitablement

En amont de ce projet, l’équipe composée de membres de Microsoft France et de Docapost, le département digital de La Poste – qui a déjà expérimenté un système de vote électronique – s’est retrouvée autour d’un même constat :

« La démocratie telle que nous la connaissons est arrivée au bout de son histoire. Les gens ne veulent plus aller voter car ils ressentent que les élections font certes des gagnants, mais surtout des perdants. Et beaucoup se sentent illégitimes pour s’exprimer sur des sujets qu’ils ne maîtrisent pas forcément », résume Jean-Renaud Roy.

En réponse à ce constat, le projet se propose d’utiliser la blockchain et les technologies cloud pour, à la fois, distribuer plus équitablement la parole entre chacun des citoyens mais aussi faciliter l’accès à des ressources externes afin de leur proposer toutes les cartes pour prendre une décision en connaissance de cause.

Comment fonctionne le projet Haudenosaunee ? Jean-Renaud Roy (DR)

Exploiter la puissance d’un outil multifacettes

Pourquoi la blockchain ? Au-delà du buzzword et de l’effet de mode, il s’agit surtout d’exploiter la puissance d’un outil multifacettes, comme le détaille Guillaume Lescure, marketing manager chargé des relations avec les développeurs chez Microsoft France :

«C’est à la fois un système de consensus décentralisé, mais également un réseau, une base de données, un système de règles, le tout étant entièrement sécurisé. Cela permet, qui plus est, d’appréhender la question de l’identité.»

Une question épineuse, et «une vraie faiblesse au démarrage» qu’il concède volontiers. Car si tout vote est, sur le papier, censé être anonyme, le principe de la blockchain est justement de certifier plusieurs paramètres dont… l’identité de ses utilisateurs.

Autre point d’achoppement : le time management. «Il y a une forme d’asynchronisme entre le moment où l’on vote et le moment où le vote est enregistré. Asynchronisme qui se démultiplie au moment du dépouillement», ajoute Guillaume Lescure.

Des questions auxquelles il va pourtant falloir répondre, car le proof of concept (POC), limité pour le moment à la procédure de vote, réalisé avec les élèves de l’ESILV et présenté lors de la Blockchain Hackademy à l’occasion du forum Microsoft experiences16’, a su séduire.

Et pas n’importe qui : Axelle Lemaire, venue prendre le pouls d’une économie encore balbutiante après avoir conclu le premier Forum parlementaire de la blockchain, et Satya Nadella, CEO de Microsoft, qui en a profité pour expérimenter le prototype.