16 / 12 / 2011

Quel rôle pour les nouveaux médias dans la gestion des conflits ?

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Quel rôle pour les nouveaux médias dans la gestion des conflits ?

Quelles opportunités offrent les médias et les réseaux sociaux pour construire la paix et favoriser le dialogue ? C’est à cette question que la Fondation Chirac a voulu apporter quelques éléments de réponse à Sciences Po, en organisant une table-ronde intitulée « Nouveaux médias et préventions des conflits », mercredi 30 novembre.

L’occasion de faire le point sur l’impact des nouveaux médias dans le débat politique et leur rôle potentiel dans la prévention des conflits. Compte-rendu.

> Un corps diplomatique en mutation

Le directeur du master Affaires Internationales de Sciences Po, Ghassan Salamé, est parti du constat suivant :

« Les nouveaux médias changent notre manière de communiquer. Ils la rendent non seulement plus compacte, mais aussi plus rapide, et moins chère. »

Dans ce « nouveau » contexte, il s’interroge sur les conséquences de ces changements sur la diplomatie, et en particulier sur la diplomatie préventive, qui a pour but la « gestion pacifique des conflits ».

Pour fonctionner correctement, la diplomatie préventive a non seulement besoin de temps pour se mettre en place mais également d’une certaine « culture du secret », deux dimensions remises en partie en cause par les nouveaux médias et Internet.

« Il existe toujours un déphasage entre le temps de la réflexion et le temps de l’action. Le numérique réduit ce lap de temps » complète Joseph Maïla, directeur de la Prospective au Quai d’Orsay.

Pour lui, la prévention des conflits « change de nature » avec l’avènement des nouveaux médias, ce qui pousse le Ministère des Affaires Etrangères à viser de plus en plus une « diplomatie publique ».

« Nous sommes à la pointe en e-diplomatie (114.000 abonnés à @francediplo). Sur la page Facebook du Ministère, nous offrons de plus en plus la possibilité de commenter en direct l’actualité. Il est désormais possible de s’adresser à tout le monde » explique-t-il.

Ces changements agitent aussi le métier de diplomate lui-même. Leur permet-on d’avoir un blog ? De s’exprimer sur Twitter ?

« C’est déjà le cas aux Etats-Unis, et c’est ce qui est en train de se passer en Grande-Bretagne. Nous devons surmonter notre culture française traditionnelle » répond Joseph Maïla.

> Les journalistes à la recherche du pouls des révolutions

Pour les journalistes, ces nouveaux médias proposent d’être plus en prise avec la « réalité » des conflits et de parfois en détecter les débuts. Liliane Landor, à la tête du département des langues de la BBC, regrette d’ailleurs que sa profession n’ait pas dès le début été au cœur du phénomène :

« Nous avons été complètement incapable d’anticiper le printemps arabe. C’est un grand tort. »

Mais comment mesurer et « sentir » monter les vagues de protestation ? Pour Liliane Landor, les réseaux sociaux sont des « outils de la plus grande importance » car, quand bien analysés et utilisés comme moyens de veille, ils permettent de détecter les premiers signaux faibles.

Elle prend pour exemple le « Hub UGC » de la BBC qui surveille chaque jour « entre 8000 et 10000 contenus et commentaires produits par les utilisateurs » et qui permet de mieux médiatiser et de mieux repérer les protestations.

> Quand les nouveaux médias stimulent le « conflit »

Omar Saghi, docteur en sciences politiques, a lui apporté une thèse en marge du discours des autres particpants. Selon lui, loin de prévenir les conflits, les réseaux sociaux les ont, au contraire, encouragés :

« Les espaces publics des pays arabes ont longtemps été sur-pacifiés. Ce qu’Internet a permis, c’est justement la création d’un espace de conflits qui n’existait pas. Les sociétés de ces pays étaient frigorifiées avant 2011. » juge-t-il.

Et le penseur de rappeler que la « conflictualité » est l’essence même de la démocratie. Sans débats, pas d’espace public, et aucune chance pour le vivre-ensemble d’être formulé collectivement.

Ces changements sont-ils durables ? Omar Saghi précise qu’il est très dur de revenir sur des avancées démocratiques. Pour lui l’élément fondateur est le moment où la protestation « dans la rue » s’est substituée à la protestation virtuelle.