14 / 11 / 2016
#Entretien

Smart city : « Il existe un risque de ghettoïsation numérique » (David Lacombled)

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Où en sont les smart cities ? Quid de la place du citoyen dans leur développement ? A l’occasion de l’événement Microsoft experiences’16, David Lacombled, président du think tank La Villa Numéris, animait une table ronde sur les villes intelligentes dans le monde. L’occasion pour nous de lui poser quelques questions.

« Les smart cities ne doivent pas être des machines technologiques sans âme », dites-vous. Le risque est-il bien réel ? Et si oui, que faire ?

David Lacombled : Aujourd’hui 80% de la population mondiale vit en ville avec des cités qui se déploient sur des dizaines et des dizaines de kilomètres, qui sont encombrées, tant d’un point de vue de la circulation que d’un point de vue environnemental, avec une chape de plomb sur beaucoup d’entre elles, et une atmosphère qui devient irrespirable.

Si vous ajoutez à cet état des lieux des dispositifs technologiques qui visent à mieux réguler ou fluidifier le trafic, mieux contrôler votre accès à un bâtiment ou que sais-je encore, alors oui, vous pouvez avoir le sentiment d’un ghetto numérique. Et c’est en cela qu’il faut être vigilant.

David Lacombled (DR)

Vigilance de ceux qui construisent ces villes intelligentes d’abord, les entreprises, mais aussi de ceux qui les dirigent, les élus, et de ceux qui y vivent, nous, les citoyens. Et qui paient aussi avec leurs impôts pour les voir se réaliser ! Donc c’est bien ce contrat à trois qu’il faut former pour éviter le risque de « ghettoïsation numérique ».

Car une smart city ce n’est pas seulement amasser et analyser des données pour organiser tel ou tel réseau de transport, c’est aussi entendre les voix des citoyens, les faire participer, les faire s’exprimer, ne pas attendre une élection tous les cinq – ou six ans si l’on parle d’une élection municipale en France – pour recueillir leur avis.

Aujourd’hui, les outils disponibles permettent de faire tout cela ! Cette prise en compte est selon moi déterminante pour que les citoyens prennent pleinement possession de leur collectivité.

Il y a urgence selon vous ?

« Une smart city, ce n'est pas qu'analyser des données, c'est aussi entendre la voix des citoyens. »

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Il y a une responsabilité forte de la part des collectivités territoriales, et donc de leurs élus, à former leurs concitoyens et à leur expliquer ce que sont les villes intelligentes, comme cela fonctionne, quels sont les dispositifs mis en place, à quoi ils servent… Sinon il y aura une crainte très forte qui s’installera. Et l’on peut le comprendre : à quoi servent les données qui sont collectées sur moi ? Comment le sont-elles ? Dans quels buts ?

Il faut expliquer que cela permet par exemple de fluidifier le trafic, de collecter vos ordures ménagères, de mettre des rustines sur les canalisations d’eau quand elles sautent. Ce qui, au-delà d’améliorer les services, permet aussi de réduire les impôts, ou concentrer les investissements dans d’autres actions.

Le transport et l’écologie sont-ils les premiers enjeux des smart cities ?

Une voiture sur trois recherche une place pour se garer au moment où l’on parle. Ce qui veut dire que si on la garait un peu plus vite, on arriverait à contenir les problèmes de circulation et les problèmes de pollution. Et donc, in fine, c’est un parti pris de plus en plus ressenti par chacun de nos concitoyens, qui construisent leurs temps de transport avec ce corollaire non-négligeable.

Avant, lorsque l’on parlait de transport, c’était l’ère du « plus vite, plus loin, plus fort ». Cette période a donné naissance au Concorde, au TGV… Aujourd’hui, on est sur une approche plus holistique des transports, avec un souci écologique, d’écoresponsabilité et de fluidité. On voit bien que le paradigme est en train de changer, profondément.

Les transports sont vraiment ce sur quoi les villes qui veulent devenir intelligentes travaillent en premier. Mais autant dans un souci de fluidité et de praticité que sur le plan purement écologique. Tous ces enjeux s’interpénètrent sans cesse, en fait !