22 / 11 / 2016
#Reportage

Femmes et numérique : à la rencontre de la promotion « Ambition féminine » de la Web@cadémie

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Femmes et numérique : à la rencontre de la promotion « Ambition féminine » de la Web@cadémie 
Pour renforcer la parité dans le secteur du numérique, Microsoft France, Zup de Co et Epitech lancent la première promotion « Ambition féminine » de la Web@cadémie. 19 filles et 4 garçons viennent de démarrer un cursus gratuit de deux ans pour devenir développeur web. RSLN est allé à la rencontre de ces jeunes, de l’encadrement et des partenaires du projet pour en savoir plus. Reportage.

Casser les « idées reçues ». Une vingtaine de regard fixés sur des tablettes, quelques chuchotements pour demander des conseils et des lignes de code informatique en suspens sur les écrans. La concentration est de rigueur parmi la nouvelle promotion de la Web@cademie, une école labellisée « La France s’engage » et « Grande Ecole du Numérique » formant des jeunes non-diplômés au métier de développeur.

Vêtus de leur sweat à capuche gris floqué du logo de l’école dans le dos, les 23 élèves âgés de 18 à 30 ans entament leur première année de cursus. La particularité de cette promotion ? Elle est composée de 80% de filles pour 20% de garçons. L’inverse du ratio habituellement constaté dans ce type de formation.

Car cette promotion, appelée «Ambition Féminine», souhaite casser les « idées reçues » et « briser le plafond de verre des inégalités de chance entre les hommes et les femmes », comme l’explique Corinne Caillaud, directrice des affaires publiques et juridiques de Microsoft France.

Le secteur du numérique compte en effet seulement 27% de femmes actives, et moins de 20% sur les « cœurs de métiers » du numérique (développeurs, R&D, chef de projet, etc.). «Seules 5% de femmes évoluent dans le milieu de l’intelligence artificielle», déplore pour sa part Sophie Viger, directrice de la Web@academie.

Comme le dévoile une enquête Microsoft – KRC Research à paraître, sept jeunes filles sur dix déclarent aimer les sciences mais seulement deux sur dix en feront leur métier. Une constante observée également parmi les 101 certifiés de l’école depuis sa création en 2010 : uniquement 10% des élèves diplômés de la Web@cadémie sont des femmes.

 

 

Donner envie aux femmes d’intégrer le milieu numérique

Face à ce constat, Microsoft, Zup de Co et Epitech ont décidé de proposer une formation gratuite en 2 ans à une promotion majoritairement féminine. Mais comment attirer ces jeunes femmes ? Il faut « leur montrer qu’elles sont les bienvenues et à leur place » avance Sophie Viger.

Première étape : le nom de la promotion, « Ambition féminine ». «Je me suis dit que je pouvais m’y inscrire en voyant ce terme, sinon je ne l’aurais pas fait», avoue Delphine, 25 ans et élève de ce cursus inédit. Au total, des dizaines de candidates ont postulé dès le mois de mai 2016, avant de se pencher sur la réalisation d’un site web de quatre pages, de passer un entretien, puis d’effectuer l’étape d’immersion, la fameuse « piscine », qui vise à tester et former les élèves au code 7 jours sur 7, de 8h à 23h, pendant trois semaines.

Concrètement, la première année se déroule dans les locaux de l’école. L’objectif : découvrir les principaux langages informatiques et apprendre à travailler en mode projet. La deuxième année se déroule quant à elle en alternance : 3 semaines en entreprise, 1 semaine en formation.

«La véritable ambition de cette promotion, c’est surtout de porter la bonne parole en donnant à des jeunes femmes l’envie et la volonté de rentrer dans les métiers du développement informatique, pointe Sophie Viger. On veut favoriser l’éclosion des talents féminins et créer de nouveaux modèles. »

Montrer l’exemple pour atteindre la parité

Ce cursus est également une seconde chance pour les jeunes ayant décroché du système scolaire : aucun diplôme spécifique n’est exigé pour postuler. «L’objectif est aussi de leur redonner confiance et de leur rappeler qu’ils sont formidables et ont de nombreuses compétences», insiste Sophie Viger. «Je n’ai que le brevet des collèges. J’ai quitté l’école en première année de BEP, confie Delphine, 25 ans. En découvrant cette formation grâce à Pôle emploi, j’ai décidé de quitter mon travail pour intégrer l’école.»

«Le fait que la Web@cadémie propose cette formation gratuite, sans avoir eu besoin de suivre un cursus correspondant à cette formation, je trouve que c’est une chance, alors pourquoi ne pas la tenter », souligne pour sa part Niakalé, 28 ans.

Car au global, 95% des diplômés de la Web@cadémie réussissent à trouver un poste. Lilas Merbouche, 27 ans et responsable pédagogique d’« Ambition féminine », illustre bien cette réussite. En 2014, elle reçoit sa certification, terminant major de sa promotion. Elle enchaîne ensuite les postes de développeuse web, notamment auprès de Xavier Niel. Jusqu’au lancement de ce projet :

«J’ai accepté ce poste de responsable pédagogique pour les inspirer : je suis une fille et j’ai terminé première de mon cursus. J’ai envie de leur montrer l’exemple et de les rassurer. Ce n’est pas parce que ce sont des femmes qu’elles ne peuvent pas y arriver. Mon objectif est qu’elles arrivent toutes à devenir développeuse.»

Quid des garçons ? Comment vivent-ils cette situation inversée ?

« Ça ne me dérange pas d’être avec des femmes, explique avec le sourire Guillaume, 20 ans. Je suis passé par le programme de service civique Unis-Cité et je trouve que la mixité est indispensable. Je ne fais pas de différence entre les garçons, les filles ou encore entre les différents milieux sociaux.»

La première promotion "Ambition féminine" à la Web@cadémie DR

Pour la suite, Sophie Viger se projette déjà : la directrice de l’école espère bien pouvoir lancer une seconde promotion « Ambition féminine » pour arriver, à terme, à une parité dans toutes les promotion. «L’éducation a un rôle majeur. C’est important de mener ces actions pour montrer que la femme a entièrement sa place dans les métiers du numérique», abonde Corinne Caillaud de Microsoft France.

Pour poursuivre cet objectif, tous ces partenaires, accompagnés d’autres associations, organisent également des initiations au code dans les écoles ou encore des « Colos » numériques. Le prochain rendez-vous est d’ores et déjà fixé en décembre 2016 pour participer à l’initiative Hour of Code.